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    • Réalisé par James Wan
    • Avec Leigh Whannell, Cary Elwes, Danny Glover, Monica Potter
    • Musique de Charlie Clouser
    • Sortie française : 16 mars 2005

    Il existe de ces films qui, dès les premières minutes, vous intriguent. Vous ne savez pas pourquoi, mais dès le début, vous êtes scotché au fauteuil, avec un seul mot qui résonne dans votre tête. Généralement, le mot en question est pourquoi. Ensuite vient le comment. Et ainsi de suite, jusqu'au final où vous êtes tellement retourné que votre seul désir est d'exprimer une sorte de rage, de folie, d'excitation avec les mots les plus grossiers qui soient. Bord.. de sa mère la p... semble être la phrase la plus couramment utilisée. Et il y a de quoi. Jugez plutôt grâce à ce synopsis :

    Deux hommes se réveillent dans un endroit crasseux. Ils sont enchaînés, ne se connaissent pas et un cadavre à la cervelle éclatée gît au centre de la pièce. L'un d'eux devra tuer l'autre dans un temps imparti et se couper le pied s'il ne veut pas mourir. Entretemps, deux policiers enquêtent sur des crimes mystérieux : des personnes sont enlevées et soumises à des choix où elles devront subir les pires sévices si elles ne veulent pas périr dans des souffrances encore plus atroces...

    Bon, c'est un synopsis artisanal, mais avouez quand même que ça vous accroche! Pour la petite histoire, le film a été tourné en moins de trois semaines, avec un budget que l'on devine quasi-inexistant (1,2 millions de dollars, c'est pas lourd actuellement). Le succès a été au rendez-vous. 55 millions de recette, autant dire que ça compense!

    Mais d'où vient une telle popularité? Dans tous les cas, Saw fait parti de ces films qui prouvent qu'avec un bout de ficelle, on peut faire des étincelles. Mais il est très important de préciser que Saw premier du nom (oui, au moment où on parle, Saw est une trilogie, et cela semble loin de se limiter à trois épisodes...) ne doit pas être cantonné au même titre que ses suites. La première erreur à ne pas faire est de dire que Saw est un film d'horreur. Saw est un thriller horrifique. Il y a une nuance, que vous le vouliez ou non! Vous avez dû entendre maintes et maintes fois que Saw, c'est de la boucherie bien crade, bien sadique, où on voit tout, où on serre les dents ainsi que les accoudoirs du fauteuil... Bref, allez dans un lycée, parlez de Saw, et on vous dira que c'est horrible comme film. Mais il y a horrible et horrible. Horrible dans le sens où des gens sont confrontés à des choix vraiment affreux, un peu comme si on vous demandait de choisir entre vous arracher un oeil ou vous faire bouffer les testicules. L'exemple n'est pas particulièrement brillant et vous devez penser que l'auteur de ces lignes a l'esprit mal tourné. N'empêche que si cela vous a permis d'imaginer l'horreur que cela représente, l'objectif est atteint, et vous saurez à quoi vous attendre en allant voir Saw .

    Cependant, vous êtes en droit de penser que ce fameux Saw est un film pour les sadiques. Certes, c'est légitime. Mais dans ce cas, cela relève plus du type en pleine crise de la cinquantaine qui s'achète une Porsche ou du jeune ado qui veut faire du saut à l'élastique. Ou encore en citant ce que dit un personnage du Monde Perdu (Jurassic Park 2) de Spielberg :

    "Pourquoi avez-vous grimpé cette montagne si c'est pour mourir asphyxié au sommet? - Je ne suis pas allé en haut pour mourir, j'y suis allé pour vivre!'

    Il arrive un moment où on a envie de se faire plaisir, de se jeter dans la gueule du loup et de tenter l'expérience. On veut sa dose d'adrénaline! Va savoir pourquoi. Ce doit être la nature humaine qui veut ça. On a beau se dire civilisés, on tue encore des poulets et des boeufs pour se nourrir. Mis à part cette pseudo-réflexion philosophique, il est temps de se consacrer un peu plus au film en lui-même plutôt que de faire l'inventaire de ce qu'il révèle après son passage dans les esprits.

    De l'adrénaline, il y en a dans Saw. Un suspense constant, un rythme soutenu, un scénario un tantinet compliqué, les éternelles questions déjà évoquées plus haut (Pourquoi? Comment?...Sa mère la p...!!), et tout ça avec peu de moyens. Stephen Sommers le disait dans son commentaire sur son film Le Retour de la Momie : "Le manque de moyens vous pousse à être plus créatif et original". Dans Saw, cela est flagrant. Les huis-clos, les endroits déserts et abandonnés, l'ambiance crade, une réalisation très manuelle (caméra à l'épaule qui accélère souvent la cadence), une musique électro simple et efficace...On est loin d'une superproduction et on est quand même heureux de constater que l'on a encore droit à de bons films qui ne tombent pas dans la surenchère. Car là, on aborde la deuxième erreur à ne pas commettre en ce qui concerne Saw. Le film n'est pas spécialement sanglant. Du moins pas plus qu'un polar habituel avec son lot de crimes (enfin si, quand même un peu plus, mais ça reste raisonnable). Mais moralement, c'est violent. Le charcutage, contrairement à Saw 2 et 3 n'est pas au centre de l'attention et sert un scénario habile et manipulateur. On a eu tendance à mettre en avant lors de la sortie du film son côté gore, sûrement dans le but de rameuter le maximum de jeunes en manque de sensations fortes, ce que les suites auront tout de suite mis en évidence (du sang, des tripes, de la découpe, et vas-y que je filme pendant dix minutes une opération sur une tumeur au cerveau!).

    Saw a aussi été très vite comparé au Seven de David Fincher (Fight Club), en ce sens qu'un tueur veut plus paraître moralisateur dans ses tueries qu'autre chose, même si techniquement, le psychopathe de Saw ne tue pas mais amène ses victimes à se trucider toutes seules et à mourir par la suite. Il y a aussi le côté qui fait que dès le générique, on a dû mal à se relever de la claque qu'on vient de prendre. C'est à cet instant que dans l'esprit du spectateur va se décider son avis final sur le film. Excellemment bon ou excellemment mauvais. Pas d'intermédiaire. On adore ou on déteste. Mais on ne peut pas juste dire moyennement bon ou moyennement mauvais. Seul un superlatif pourra réellement qualifier votre opinion décisive sur le film, celle qui va faire que dès qu'un ami va vous en parler, vous allez le lui (dé)conseiller fortement.

    Mais là où Saw diffère de Seven , c'est dans sa forme. L'ambiance ne varie pas de façon excessive (poisseuse, crasseuse), il y a deux flics dont un noir (Danny Glover dans Saw et Morgan Freeman dans Seven), mais il n'y a pas de belle gueule hollywoodienne dans Saw (petit budget oblige). Acteurs comme réalisateur sont de grands inconnus, et pourtant,Saw le prouve : il a tout d'un grand, et vous aurez beau penser que ça ne vaut pas un Seven, vous ne pourrez nier que, pour un début, y a du talent, tout simplement. Saw premier du nom s'annonçait déjà comme un putain de bon thriller qui vous fera déchirer vos accoudoirs à force de vous y cramponner. Mais voilà aussi ce qui va détruire Saw : ses suites!

    En tout cas, je vous le dis tout de suite : rien de vous oblige à voir tous les Saw , mais par curiosité, voyez le premier. Vous éprouverez sans doute après l'envie de voir le deuxième et troisième épisodes (qui vous décevront sûrement) mais il est capital de garder cette impression qui fait que le 1er Saw mérite d'être vu et reconnu au même titre qu'Une Nuit en Enfer, c'est-à-dire un film à voir dont il est préférable d'ignorer les suites ne pouvant qu'entâcher une réputation déjà bancale.

    Crade, ça l'est, c'est certain. Mais être complètement indifférent quand on sort de la salle, ça l'est déjà moins. Le souvenir va vous hanter pendant un certain temps bien qu'il soit sûrement périssable. Policier un peu hard, Saw est un film étonnant, un petit monstre qu'on attendait pas mais qu'on aime bien caresser. La violence est plus suggérée qu'autre chose, et ça marche! C'est pas toujours beau, mais qu'est-ce que ça fait du bien!

    BANDE-ANNONCE

    BANDE-ANNONCE DE "SAW 2"

    BANDE-ANNONCE DE "SAW 3"

    NOTE DU FILM : 4.5/5

    Saw
    © 2008