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Je n'ai absolument rien contre Sofia Coppola.
J'ai adoré Virgin Suicides et ai pu visionner le début de Lost In Translation qui me laissait supposer un petit film pas mal. J'ai récemment vu Marie-Antoinette, dernière oeuvre de la fille du réalisateur du Parrain et force est de constater que j'ai été excessivement déçu. J'avais été prévenu que le film se concentrait exclusivement sur Marie-Antoinette et non sur le milieu dans lequel elle évoluait. A ce titre, la reconstitution historique est magnifique. Le tournage à Versailles, les coutumes ("Tout cela est ridicule!"-"Mais Madame...Tout cela est Versailles!"), on ne peut citer que des superlatifs pour évoquer le côté technique du film. Mais on ne peut s'émerveiller pendant deux heures sur un beau château, de belles robes et du Mozart.
A noter que Sofia Coppola utilise avec anachronisme volontaire de la pop pour illustrer un monde luxuriant et abondant. On ne s'étonnera pas plus que ça d'apercevoir une paire de Converse à un moment. A vrai dire, la bande-annonce annonçait déjà la couleur. Rien que l'apparition du titre (bandeau rose sur fond noir avec écrit en noir) nous confirme ce que l'on a vu dans cette bande-annonce. Sofia Coppola a toujours livré des films assez féminins, délivrant ainsi le portrait d'adolescente ou de femme perdue sous les traits de Kirsten Dunst ou Scarlett Johansson.
On retrouve la même recette dans Marie-Antoinette. On retrouve également Kirsten Dunst qui rejoue l'adolescente perdue de Virgin Suicides version Versailles. L'actrice nous prouve de nouveau qu'elle sait jouer autre chose que Mary-Jane Watson. Ca, on le sait. Mais faudrait songer à jouer autre chose que la fifille perdue.
Il est étonnant de voir à quel point Sofia Coppola a su rendre l'ennui de Marie-Antoinette tangible à nous, spectateur. A tel point qu'on s'embête aussi, même si on rit gentiment de ce monde ridicule d'aristocrates ("C'est Versailles", on sait, tais-toi!).
Malheureusement, alors que Marie-Antoinette semble s'épanouir, le spectateur s'embête encore et toujours. L'enjeu du mariage arrangé avec Louis XVI dans le but de donner un héritier à l'Empire n'est qu'une façon assez grossière de tenir éveillé. Puisqu'on aborde le thème du scénario, on va en parler justement! On pouvait noter dans Lost In Translation (ou du moins la moitié du film car je n'ai pas tout vu) que l'histoire se concentrait surtout sur le caractère humain des personnages, leur ennui, leur destin, leur lassitude entre autres, le tout sans réel enjeu dramatique. Marie-Antoinette, c'est pareil, on s'embête en plus. Oui, c'est beau Versailles. Oui, c'est beau l'époque des dentelles, des perruques et des belles robes colorées larges comme un bus, mais à part si on voue une admiration sans bornes à ce monde de poupées vivantes, on se fait chier!
On ne peut nier que Sofia Coppola use de petits trucs qui nuisent à la cohérence mais rendent son film assez fun musicalement. Comme déjà évoqué plus haut, il fallait avoir l'audace d'associer Versailles avec de la pop. Pop qu'on peut supposer britannique pour rythmer un monde français... On commence à en avoir marre de la Mondialisation! De même que l'on aurait pu au moins avoir la décence d'écrire les notations sur les tableaux en français, et non pas en anglais. A en croire tout cela, les petits enfants du monde sans culture vont penser que Versailles se trouve à Londres.
On pourra noter aussi le désir de ne pas s'attarder sur l'aspect historique directement. Kirsten Dunst est la star du film. Une belle star (avec un air de déjà-vu quand même...) évoluant dans un monde qui semble au ralenti. Exemple : à la fin d'un opéra, elle force les gens à applaudir, alors que la tradition veut qu'on n'applaudisse pas en présence de la famille royale ; pourtant, plus tard dans le film, cette tentative sera vaine. Pour dire que la pauvre Marie-Antoinette s'est faite rattrapée par ce monde au ralenti. La jeune fille (femme?) ne veut pas regarder les gens de haut, mais on l'y force. "Il ne faut jamais tendre la main". Une nouvelle arrivante dans un monde qu'elle ne connaît pas, puis petit à petit elle en devient partie intégrante. Dès le début, son aversion pour la courtisane de son grand-père est vite expédiée : "Ce sont les derniers mots que je lui adresserai".
De jeune fille simple qui voulait juste garder son petit chien, on passe d'une reine discrètement capricieuse qui se laisse séduire par les richesses qu'on lui offre. Son rôle de mère la ramène à une simplicité qu'elle avait trop vite oubliée avant qu'elle n'assume son rôle de femme du roi. Rôle d'ailleurs dispensable. Il suffit de voir à quel point le couple est mal assorti. Il faudra attendre un peu plus d'un an (hypotèse : aucun repère chronologique apparaît dans le film si ce n'est la grossesse de 9 mois) pour que Louis XVI veuille bien toucher celle qui partage sa couche. On peut éventuellement voir en Marie-Antoinette un manifeste de la condition réduite de la femme à cette époque. "Tu es destinée à être mère de l'héritier de France, rien d'autre". Sofia Coppola illustre ainsi son héroïne comme une petite hirondelle prise au piège qui ne rêve que de liberté et qui compense avec la superficialité, la futilité de sa cage pour oublier sa détresse intérieure.
Mais ce n'est pas le tout de voir tout ça. Car cette petite réflexion n'a pas permis d'éviter un film de deux heures où on s'embête pas mal. Un coup dans l'eau pour la fille Coppola qui a livré un film techniquement abouti (visuellement c'est magnifique) mais qui souffre de longueurs et d'un léger manque de profondeur. A vouloir trop centrer sur un personnage qui s'embête, on s'ennuie aussi. Et c'est dommage.
NOTE DU FILM : 2/5
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| Marie-Antoinette |
| © 2008 |