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Alors que l'on s'attendait à retrouver, fidèle au poste comme un chien de fusil, le compositeur Howard Shore aux commandes de la musique du dernier film de Peter Jackson, c'est finalement James Newton Howard qui le remplace, Peter Jackson et Howard Shore s'étant disputés, leur querelle ayant conclu que le travail de Shore ne s'accordait pas avec celui de Jackson (selon les raisons officielles, car rien n'est sûr, et pour le moment, personne ne semble enclin à dévoiler la vérité). James Newton Howard livre donc à la va-vite une musique formatée, un peu basique, mais il ne s'en tire pas trop mal, compte tenu des conditions imposées (il a eu à peine plus d'un mois pour faire la musique d'un blockbuster de 3h!). Une chose est sûre : James Newton Howard a plus été à l'aise pour l'écriture du thème romantique que pour les pièces d'action, qui paraissent bien classiques, notamment pour le thème de King Kong avec ses basses tonitruantes et brutales. A noter également quelques morceaux jazzy assez sympathiques pour les scènes se passant à New York ou le numéro de Ann Darrow. KING KONG (2005)
Le cinéma d'aujourd'hui ne semble plus jurer que sur les suites et les adaptations. Entre Harry Potter, Spider-Man et Astérix, on se retrouve ni plus ni moins dans l'impasse où les seuls gros succès sont des productions où l'on connaît déjà la majeure partie de l'histoire par le biais des livres, bandes dessinées ou jeux vidéos. Alors bien sûr, on n'a plus aucune surprise. Maintenant, tout dépend du petit génie qui se trouve derrière la caméra. Et quand on annonce que Peter Jackson (Mister Lord Of The Rings, c'est pas rien) va réaliser un remake de King Kong (lui-même ayant élu pour film favori le King Kong de 1933), une grande partie de la population qui s'intéresse un tant soit peu au cinéma est aux anges. Et il y a de quoi! Un réalisateur sur le déclin, Carl Denham, prêt à tout pour réaliser son film sur une île inexplorée, embobine une actrice au chômage, Ann Darrow, et un scénariste à succès, Jack Driscoll, dans l'aventure qui va les amener à rencontrer des indigènes peu hospitaliers, des créatures préhistoriques et un primate géant au goût prononcé pour les blondes. Annoncé comme le carton de Noël 2005 aux côtés de Harry Potter 4 et Narnia, King Kong remplit son contrat spectacle haut la main, mais il accuse un défaut majeur à souligner : sa durée. En effet, King Kong made in Jackson fera pas moins de trois heures (2h45 si on supprime le générique), ce qui est assez long pour raconter une histoire que la plupart des gens connaissent. Le film se divise alors en trois parties. Le début s'annonce comme l'épisode "comédie" où on assiste aux magouilles d'un réalisateur prêt à tout pour faire son film et le début de romance entre l'actrice au chômage et l'écrivain à succès. Le milieu pourrait s'intituler "Fuyons le Monde Perdu!", car on a ici droit à de l'action, du spectacle, du suspense...Bref, le spectacle pour lequel on est venu assister et qui constitue l'apogée de ce divertissement de masse. La fin est connue et basique et reprend une romance avec l'actrice au chômage et un autre de ses soupirants qui mesure quelques tonnes et se gratte les aisselles avec le petit doigt de pied. Si la partie "comédie" est également divertissante, elle sert surtout de présentoir dont le but est de nous faire connaître les différents personnages, qui s'annoncent bien plus nombreux que prévu. Se déroulant pendant le premier quart d'heure dans une magnifique reconstitution du New York des années 30 rongé par la crise de 1929, cette séquence du film se poursuit pendant trois autres quarts d'heure sur le bateau qui va mener à l'Île du Crâne (Skull Island), dirigé par un capitaine et son équipe dont les activités semblent peu légales (sûrement trafic d'armes et d'animaux, dont le singe de Sumatra, clin d'oeil direct à un autre film de Peter Jackson, le délirant Braindead). Mais cette manière d'introduire les personnages est inutile, car le public est venu voir du gros singe, et on en a rien à foutre de l'équipage et de ses personnages stéréotypés (le loup de mer qui protège le moussaillon orphelin, le cuistot américain qui se lie d'amitié avec le cuistot chinois...), à moins que cela soit une manière comme une autre de procurer plus de plaisir aux spectateurs lorsque ce petit monde se retrouve sur l'île.
"Fuyons le Monde Perdu!" est de loin la séquence la plus intéressante du film et remplit pleinement ses promesses. Débutant comme tout film d'aventures avec une expédition en territoire inconnu, on assiste à l'apparition d'une tribu indigène particulièrement cruelle qui n'hésite pas à écrabouiller des crânes vivants. C'est d'ailleurs là une autre qualité du film. Il y a peu de tabou sur les massacres dont fait l'objet l'expédition. D'une violence épurée mais malgré tout présente (la scène où Carl Denham sent couler sur ses joues le sang d'un de ses compagnons tué alors que lui-même risque de mourir dans les mêmes circonstances), on retrouve la barbarie de Peter Jackson. Marins écrasés sous les pattes de diplodocus fuyant des vélociraptors dans une poursuite dantesque, dévorés par des insectes géants dans une grotte qui n'est pas sans rappeler le repère d'Arachnée dans Le Retour du Roi, etc... On assiste là à une véritable tuerie qui ravira les amateurs de films d'aventures, même si on n'échappe pas aux gros clichés comme quoi on sait d'avance quel personnage survivra et quel autre pas. Les scènes d'action sont époustouflantes, et si tout respire le numérique à plein nez, on ne peut que prendre son pied. La poursuite sous les pattes des diplodocus pourrait être la définition même de pur spectacle, au même titre que la bataille entre le singe géant et les trois T-rex. Rien n'est réel mais pourtant on y croit, contrairement à une récente nouvelle trilogie signée par un certain Georges Lucas. Le Jurassic Park de Spielberg n'est pas loin, mais c'est ici plus délirant, plus libéré (à noter que l'expression de Carl Denham quand il regarde Kong s'échapper dans la ville fait furieusement penser à John Hammond).
Là où le bât blesse, c'est bien d'avoir attendu près d'une heure pour enfin rentabiliser le prix du billet d'entrée. Et si la séquence sur l'île dure près d'1h20 (sur 2h45, c'est pas mal), le retour à New York paraît vraiment fade à côté, car on se surprend à redemander une autre rasade de bébêtes! Au final, il ne reste qu'un gros singe amoureux, et on constate amèrement que les scènes entre Ann et Kong sont les moins intéressantes. Non pas que Peter Jackson n'ait pas su retranscrire l'amour de la bête pour la belle, mais peut-être parce qu'on connaît l'histoire et qu'on l'a trop vue. On mentionnera enfin la splendide modélisation du singe géant, qui utilise le même principe que pour la créature Gollum, chacun ayant le même modèle, soit Andy Serkis, qui joue également le cuistot-loup-de-mer-rabougri Lumpy. Kong n'a jamais été aussi réel, chaque poil semble avoir une vie propre!! Bref, une véritable prouesse technique qui méritait d'être signalée!
Si le King Kong de Peter Jackson est un excellent divertissement, techniquement réussi, qui réserve son lot de spectaculaire, il pêche par une durée excessivement longue (les quelques passages au ralenti exaspèrent très vite). Mais il faut prendre le film pour ce qu'il est, autrement une série B de qualité. Pas plus dur que ça.
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| King Kong |
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