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James Horner retrouve encore une fois le réalisateur Joe Johnston (Honey, I Shrunk The Kids) pour livrer une musique qui, malgré ce qu'on en dit, correspondra merveilleusement bien à l'univers de Jumanji. Pour information, il a souvent été reproché à Horner de ne pas vraiment renouveler sa musique, et cela s'avérera assez vrai à l'écoute d'une autre B.O., celle de Casper, qu'il signera la même année que Jumanji. Difficile, en effet, de ne pas noter les similitudes entre les deux musiques, même si l'une se ciblera plus sur l'action et l'autre sur l'émotion. Jumanji est la B.O. "action", Horner privilégiant un grand nombre de pistes aux multiples aventures que vivent les personnages après chaque lancer de dés. Mais le compositeur plonge aussi le spectateur (et l'auditeur) dans un certain mystère pendant les vingt premières minutes du film. Le thème du jeu maléfique de Jumanji se caractérise par un motif de deux notes solitaires se faisant entendre à chaque lancer de dés, conférant au final une ambiance légèrement effrayante (s'ajoutant à la tension de l'énigme apparaissant dans l'écran central du jeu), s'accompagnant de sonorités sauvages rappelant fortement une jungle. Le sommet du mystère avec "Prologue & Main Title" est atteint lorsque, dès la première scène du film, deux adolescents enterrent une malle dans la forêt en pleine nuit. Passé cette ouverture, la musique se fait plus douce et plus légère, on quitte les sons graves et terrifiants pour des notes plus aigues et des instruments à vent, ramenant le spectateur (et l'auditeur) à un monde moins sombre et mieux connu. On retombe dans le mystérieux avec "First Move" où l'on entend pour la première fois le motif de notes qui replonge le spectateur (et l'auditeur) dans le mystère, la musique s'assombrissant brutalement pour illustrer l'aspiration du jeune Alan Parrish par le jeu. Le troisième morceau du CD, "Monkey Mayhem", nous replonge encore une fois dans ce ténébreux mystère, mais la musique entre cette fois-ci de plein pied dans l'action pure, les instruments se déchaînent, et les notes se font rapides et agressives, jusqu'au thème des singes, une sorte de concerto jazzy complètement déjanté où l'on peut entendre les petits rires sournois des bestioles. Mais très vite, on revient dans de l'action plus sombre avec l'apparition du lion, caractérisée par des percussions et des sortes de raclements rappelant un ronronnement de félin. On passe ensuite à un morceau héroïque aux sonorités très sauvages pour marquer le retour de Alan Parrish, sorte de Robinson Crusoë du dimanche. Vient s'intercaler par la suite la quatrième piste gentillette, "A New World", qui nous permet de réentendre le thème plus léger et "ventilé" du jeune Alan Parrish, la musique se remplissant d'émotion et d'espoir pour le retour de Alan et la tristesse des enfants en deuil que sont Judy et Peter. Mais le temps de l'émotion ne dure pas et le mystère regagne le terrain avec "It's Sarah's Move", qui permet de réentendre plus lentement le thème de Jumanji. Après le mystère, c'est le retour de l'action avec "The Hunter", qui ouvre l'action pure jusqu'au dernier morceau du CD avec des cuivres et des sonorités puissantes, ce qui sera aussi le cas du morceau suivant, "Rampage Through Town", qui accompagne la panique en ville suite à l'apparition mystérieuse d'un troupeau d'éléphants, de rhinocéros, de zèbres, etc... Le même morceau se termine avec une musique plus intimiste où Alan sermonne paternellement Peter. "Alan Parrish", le morceau suivant, débute avec le thème des singes en version allégée mais se révèle véritablement être une musique plus dans le style de "A New World" avec l'émotion et l'espoir qu'elle véhicule, en plus de la tension dramatique lorsque Alan parcourt la ville à la recherche de ses parents. Mais une nouvelle fois, l'action reprend le dessus avec "Stampede!", piste faisant graduellemen grimper la tension jusqu'à l'explosion du thème sombre de Jumanji qui s'illumine avec une petite note humoristique lorsqu'un pélican s'empare du jeu et s'envole. On retrouve par la suite notre oiseau de malheur, peu désireux de lâcher le jeu. Horner adopte alors un ton résolument plus léger et exagéré jusqu'à retomber dans une musique plus dramatique avec la traque du chasseur. Avec "The Monsoon", on retombe dans de l'action pure mais aussi plus majestueuse et héroïque, avec, à la fin, un petit motif romantique. On repart une dernière fois pour l'aventure avec "Jumanji", l'avant-dernier morceau de l'album, pièce massive et variée de douze minutes débutant avec la sonorité jungle lors du parquet mouvant, puis une musique plus rythmée avec l'apparition des araignées jusqu'à l'agressif tremblement de terre qui va ravager la maison. Horner pique sa musique de petites touches d'humour lorsque Tante Nora découvre l'état de la maison. La musique se fait une nouvelle fois héroïque lorsque Alan récupère le jeu en se suspendant aux lianes puis elle vire à une tonalité plus désespérée lorsqu'il perd les dés, jusqu'à ce qu'il se rende compte qu'il a gagné la partie. Le jeu ravale alors tout ce qu'il a engendré, la musique se fait pour la dernière fois imposante jusqu'au retour en 1969 où Alan et Sarah se rendent compte qu'ils ont retrouvé leur douzaine d'années. Le thème de Alan réapparaît cette fois plus romantique, et le film se termine avec un "End Credit" débuté par le thème des singes pour retomber dans le motif "ventilé" de Alan. James Horner a livré pour Jumanji une musique d'aventures conventionnelle qui colle vraiment bien au film de Joe Johnston. L'album n'a rien d'exceptionnel en soit mais reste de la bonne musique de films.
Joe Johnston est un réalisateur assez peu connu. Artisan conventionnel du cinéma, il fait parti, comme Stephen Sommers (La Momie), des réalisateurs qui ne comptent à leur actif que des films d'action et d'aventures (un genre assez difficile à rendre original). On pourrait aussi dire que les deux hommes ont tenté de succéder à Steven Spielberg chacun de leur côté et à leur façon. Sommers a réalisé La Momie et Le Retour de la Momie, considérés comme des pseudo-suites de Indiana Jones. Quant à Johnston, il a été en 2001 le successeur de Spielberg pour se charger du projet Jurassic Park 3 et avait déjà collaboré aux effets spéciaux de Indiana Jones et les aventuriers de l'Arche perdue.
Bien que les deux malheureux réalisateurs souffrent de la comparaison avec le cinéaste le plus marquant du dernier quart de ce XXème siècle, dire que leur travail est mauvais relèverait de la mauvaise foi. La Momie, Le Retour de la Momie et Jurassic Park 3 sont des divertissements purs, dénués de tout élément exceptionnel, mais malgré tout sympathiques. Pour résumer, de la série B de qualité, qui frôlera toutefois assez souvent une bêtise assez affligeante, mais qui a bien diverti son public. Joe Johnston aurait été contacté pour le projet Jumanji la semaine où le premier Jurassic Park était sorti au cinéma et a accepté, le film sur les animaux préhistoriques lui ayant redonné confiance en la qualité des effets spéciaux, éléments indispensables pour Jumanji. A noter que Johnston aurait été le dernier à user des effets spéciaux traditionnels (image par image, maquettes) pour le film Chérie, j'ai rétréci les gosses sorti en 1989, une comédie d'aventures produite par Disney où un inventeur rapetissait par accident ses enfants et ceux de son voisin et les perdait dans son jardin qui devenait alors pour les petits êtres une jungle de tous les dangers.
1869. Deux enfants enterrent en pleine nuit une malle dans la forêt en priant pour que personne de la découvre. Cent ans plus tard, Alan Parrish, 12ans, découvre cette malle sur un chantier et l'ouvre. Il y trouve un banal jeu de société, apparemment rien de dangereux... Adapté d'un livre de Chris Van Allsburg, Jumanji raconte l'histoire d'un jeu magique où les joueurs sont témoins, après avoir lancé les dés, d'évènements complètement fous comme l'apparition mystérieuse d'animaux sauvages ou de plantes carnivores. L'intrigue s'avère assez solide et réserve de bons moments de bravoure, car Jumanji fait parti de ces films d'aventures familiaux accessibles par toutes les tranches d'âge (donc le film est cantonné injustement et uniquement pour les enfants...), divertissant, pas lourd, pas méchant, avec un rythme soutenu et des effets spéciaux spectaculaires pour 1995 (deux ans après Jurassic Park). Mais force est de constater que si toutes les petites trouvailles visuelles ont pris un sacré coup de vieux, on reste sous le charme de l'aventure. Les animaux sont volontairement caricaturaux et sont habilement amenés à vivre grâce à la cohabitation des animatronics de Alec Gillis et Tom Woodruff Jr (créateurs des animatronics de Alien) et des effets numériques de ILM (Jurassic Park, Star Wars).
Avec une telle équipe, pas étonnant que les effets spéciaux soient aussi bien foutus, malgré leur prise de rides. Entre autres, les héros humains ont aussi leur mot à dire. Même si ce n'est généralement pas dans ce genre de films que l'on remarquera particulièrement une bonne interprétation et la profondeur des personnages, ces derniers sont assez crédibles avec la pseudo-famille dirigée par Robin Williams (capable du meilleur avec Final Cut comme du pire avec Flubber). Le reste de la distribution n'a après rien de bien transcendant, à part le plaisir de voir Kirsten Dunst, alors âgée de 14ans, qui a bien fait du chemin depuis (Spider-Man 1-2-3, Marie-Antoinette), et Jonathan Hyde en énième personnage secondaire dans le double rôle de Sam Parrish/Van Pelt. On notera d'autres rôles encore plus secondaires comme le policier Carl et Tante Nora, les deux ressorts purement comiques du film.
Les aventures sont assez gentillettes, le film visant un public vraiment large donc (très) jeune. L'action est épurée de toute violence physique et sert à renforcer l'action "cartOOn" comme les singes qui saccagent tout, le tout sans tomber dans la comédie facile ou purement puérile. On retrouvera également une note dramatique avec les enfants Judy et Peter dont les parents sont récemment décédés, ou encore la redécouverte du monde après 25ans d'absence du (plus très) jeune Alan Parrish. Sans oublier une romance conventionnelle qui a le mérite de se faire assez discrète, à défaut d'être prévisible. Le rythme du film est soutenu. On ne s'ennuie pas et chaque lancer de dés réserve une péripétie à part entière complètement inattendue. Jumanji ou une comédie d'aventures familiale de qualité, devenue maintenant un classique discret chez les jeunes cinéphiles.
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| Jumanji |
| © 2008 |