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    • Réalisé par Paul Verhoeven
    • Avec Kevin Bacon, Elisabeth Shue, Josh Brolin
    • Musique de Jerry Goldsmith
    • Sortie française : 20 septembre 2000

    Paul Verhoeven fait partie de ces nombreux réalisateurs d'origine européenne "pillés" par Hollywood. Son sobriquet, le "Hollandais Violent", qui en dit long sur sa nationalité et son penchant, caractérise merveilleusement bien ce cinéaste aux oeuvres très critiquées, pour la plupart corrosives, tournées le plus souvent vers la violence et/ou le sexe. Actuellement, le bonhomme est reparti dans son pays natal où il a réalisé son dernier film Black Book, qui raconte le destin d'une espionne hollandaise durant l'occupation nazie. Sa carrière américaine est courte mais on y compte des films qui ont marqué des générations, tel que Robocop (1987), Total Recall (1990), Basic Instinct (1991) et Starship Troopers (1997) pour ne citer que les plus connus. Hollow Man représente le dernier travail américain de Verhoeven et est la preuve que le cinéaste est tombé dans le gouffre des impératifs hollywoodiens.

    Le scientifique Sebastian Caine expérimente sur lui-même un philtre d'invisibilité mais se rend vite compte qu'il ne peut plus réapparaître. Pendant que ses collègues font tout leur possible pour l'aider, il sombre petit à petit dans un machiavélisme où son "don" devient son principal atout pour satisfaire ses plus bas instincts.

    Hollow Man est une sorte de réactualisation de l'homme invisible, mais ce dernier n'est pas le pauvre petit héros désespéré qui ne fait qu'attendre qu'on l'aide et qui en profite pour rendre service. Ho que non! Verhoeven n'aurait jamais accepté de faire un film comme ça sans y insuffler une pointe d'ironie féroce (comme il l'a fait dans Starship Troopers vis-à-vis de ses héros américains stéréotypés). Son héros, Sebastian Caine, n'est pas un gars gentillet. Pour ceux qui connaissent Dragon Ball, le caractère de Sebastian est assez proche de celui de Végéta. Pour ceux qui n'ont pas la culture Dragon Ball, Sebastian est le anti-héros type. Fier, orgueilleux, méchant, sûr de lui... Autant de qualités et de défauts qui ne rentrent pas dans le cahier des charges du parfait héros. Sebastian est beau, intelligent, talentueux, et il le sait. Et pas question de se laisser marcher sur les pieds ou de laisser échapper la gloire qui lui est dûe, quitte à prendre le risque d'expérimenter son sérum tout en désobéissant au Pentagone qui finance le projet.

    Le scénario de Hollow Man n'est pas très étoffé et le paragraphe précédent expose l'intrigue principale aussi bien que le film lui-même. Ce qui devient passionnant, c'est le spectacle visuel qui nous est offert. Si Hollow Man a beaucoup souffert des critiques (et il y a de quoi), il y a un point sur lequel tout le monde tombe d'accord : les effets spéciaux du film sont splendides!! Jamais l'homme invisible n'aura été aussi techniquement crédible, de même que le gorille invisible au début du film. On assiste alors à un spectacle bluffant de réalisme : la disparition/apparition d'un mammifère avec vue sur les os, les organes, les flux sanguins, les muscles...Bref, c'est l'anatomie entière qui est ici passée en revue et le résultat est très beau. Mais, hélas! comme la presse l'a souvent dit, les effets spéciaux ne peuvent remplacer un film, la faute à des personnages basiques et prévisibles à l'exception de Sebastian, qui, malheureusement, bascule du côté obscur de la force de façon un peu trop radicale, sans réelle transition ni cause apparente. Ou alors est-ce la nature humaine de se laisser influencer par un tel pouvoir? En tout cas, ce serait bien le style de Verhoeven, et cette hypothèse reste la plus plausible. Mais le long-métrage baigne tellement dans les impératifs hollywoodiens que les seuls moments de violence pure sont complètement désamorcées (le viol de la voisine est censuré) et on retombe vite dans un schéma classique. Les laboratoires sont au sous-sol et ne sont accessibles que par un ascenseur dont il est nécessaire, pour le faire fonctionner, de posséder un identifiant et un mot de passe. On reconnaît là un huis-clos digne d'un film d'horreur basique ou plus précisément de Alien. On reste encore dans le vu et revu, et c'est un par un que les membres de l'équipe se font dézinguer de la pire des façons, sans oublier le terrible Happy End qui symbolise un Paul Verhoeven se trahissant tout seul (on est loin du plan final de Basic Instinct).

    On n'ose imaginer le résultat final si Verhoeven avait été fidèle à lui-même et avait livré un film totalement décomplexé. L'idée de base était intéressante et connaissant le passé du "Hollandais Violent", on aurait pu espérer mieux, surtout avec un assez bon casting (Kevin Bacon est toujours ce détestable salaud). On aurait espéré une fin plus optimiste pour son personnage, même si cela annonçait déjà une suite, qui, de toute façon, a osé pointer le bout de son nez en sortant directement en DVD.

    Sorte de téléfilm de luxe visuellement réussi, Hollow Man reste un divertissement honnête malheureusement trop ancré dans les clichés. Dommage pour Verhoeven.

    NOTE DU FILM : 2.5/5

    Hollow Man
    © 2008