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Qui dit nouveau réalisateur dit aussi nouvel univers musical. John Williams, qui avait déjà signé la musique des deux premiers épisodes, rempile pour le troisième et pour (malheureusement) la dernière fois. Suite à l'assombrissement soudain du monde des sorciers, le compositeur use à son tour d'une musique plus ténébreuse qui sied merveilleusement aux images. Le château paraît plus moyen-âgeux? Pas de problème! Et voilà que maître Williams à recours à tous les instruments évoquant cette période de l'histoire avec des flûtes, des tambourins, des grelots, des violons... Le Hedwig's Theme est toujours présent mais se fait moins marquant et plus anecdotique, contrairement au nouveau thème de Double Trouble qui vole littéralement la vedette à son prédecesseur avec ses multiples variantes. Alfonso Cùaron, le nouveau réalisateur, s'attache à livrer un film à part, se rapprochant plus du film d'auteur que de la grosse production de Noël (pour cause, Harry Potter 3 est sorti en été...). Williams ne peut alors s'empêcher de rendre sa musique plus expérimentale, bien qu'il reste aussi fidèle à lui-même dans certains morceaux comme Dementors Converge et Quidditch, Third Year qui rappellent furieusement la musique des premiers épisodes de Star Wars. La musique devient alors l'ambiance même du film, en témoigne le voyage dans le temps avec l'originale piste Forward To Time Past où le tic-tac stressant d'une montre devient un instrument à part entière, dont l'objectif (largement atteint) est de faire monter une pression insoutenable pour le spectateur. On regrettera la quasi-absence du thème de Peter Pettigrow, un motif d'une dizaine de notes sur un clavecin sinistre et solitaire. D'autres morceaux se font quant à eux plus classiques (Aunt Marge's Waltz) ou plus fous (le très jazzy The Knight Bus). Mais il y aura quelques points noirs à ce beau tableau blanc. Les nouveaux thèmes (à part le Double Trouble) ne sont pas assez mémorables, et on regrettera que certains morceaux récurrents dans les deux premiers albums de la musique de Harry Potter ne soient pas revenus une troisième fois, avec un traitement plus sombre. Quoiqu'il en soit, John Williams prouve qu'il est à l'aise dans tous les styles musicaux, et si cette BO a un peu de mal à s'écouter sans le film qui l'accompagne, on appréciera le générique de fin (Mischief Managed!), une sympathique compilation de 12 minutes des nouveaux thèmes, une pièce musicale qui résume parfaitement une BO maîtrisée et dynamique, à défaut de laisser un souvenir plus périssable que ses grandes soeurs. HARRY POTTER et le prisonnier d'Azkaban
Il était temps de faire un peu de dépoussiérage. Chris Columbus n'a pas rempilé pour le troisième épisode de Harry Potter, sous prétexte que son travail l'empêchait de voir ses enfants. Les rumeurs se sont donc excitées à imaginer quel autre réalisateur reprendrait le flambeau. Il fut au tout début prévu que Spielberg (rien que ça) réalise Le prisonnier d'Azkaban. Puis fut confirmée la nouvelle qu'un réalisateur mexicain peu connu du grand public, Alfonso Cùaron, s'attèle à cette tâche. Prévu initialement pour décembre 2003 (logique car Harry Potter 1 et 2 étaient respectivement sortis en décembre 2001 et décembre 2002), Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban voit sa sortie repoussée en été 2004, suite au décès brutal de Richard Harris au cours de l'année 2002. C'est Michael Gambon qui reprend le rôle de Dumbledore, le directeur farfelu de l'école de magie Poudlard.
Autant dire qu'avec de tels changements dans la préparation du film, on ne pouvait avoir un résultat similaire aux deux premiers films de Columbus. La preuve avec les images qui suivent plus bas et le synopsis : Harry Potter se prépare à entrer en troisième année à l'école de sorcellerie de Poudlard. Mais cette rentrée scolaire sera sous le signe de la peur permanente avec l'évasion du tueur Sirius Black, qui va contraindre l'école à instaurer des règles de sécurité très strictes et à engager des gardiens particulièrement malsains, les Détraqueurs, des créatures fantomatiques dont la seule présence fait tomber Harry dans les pommes.
Bref, le ton s'annonce d'ores et déjà bien plus sombre. Un tueur en liberté, c'est pas ce qu'il y a de plus courant dans un film pour enfants. Plus la saga avance, plus l'univers s'assombrit. La Chambre des Secrets l'avait déjà prouvé, mais sa noirceur apparaît bien fade à côté de celle du prisonnier d'Azkaban. Les fans des films de Columbus ont crié au sacrilège dès la sortie en été 2004 de Harry Potter 3, dont les lieux changent du tout au tout. Le Saule Cogneur, arbre agressif contre lequel Harry et Ron s'écrasent en voiture volante au début du deuxième épisode, n'est maintenant plus dans la cour du château mais planté sur une colline ardue. Les pelouses ne sont plus verdoyantes mais sèches, et des rochers pointus menacent de vous écorcher à chaque pas, présentant du coup un jardin plus meurtrier qu'à l'accoutumée. La cabane de Hagrid est toujours située près de la Forêt Interdite, mais elle est, tout comme le Saule Cogneur, très éloignée du château, et en pente. Techniquement, la photographie du film change. Les couleurs ne sont plus chaleureuses, elles sont ternes, grises et froides, la peau des personnages est plus pâle, le château devient un lieu moins enchanteur, plus poussérieux, se rapprochant plus d'une vieille acamédie anglaise austère (le cours de défense contre les forces du mal fait penser au cercle des poètes disparus avec chaque élève qui passe à son tour une épreuve avec une musique mise par le professeur).
Si ces quelques phrases ne vous ont pas convaincus, il va falloir vous y faire. La saga Harry Potter prend un tournant décisif. Les deux premiers livres et films servaient d'introduction pour présenter un monde caché. Maintenant, on entre à fond dans ce qui s'apparente plus à un thriller fantastique qu'à un film pour enfants. Columbus Disney a laissé la place à Cùaron Burton.
L'univers musical même de John Williams s'en retrouve bouleversé. Le compositeur livre une écriture certes plus sombre mais aussi plus moyen-âgeuse (en témoigne un des thèmes récurrents, Double Trouble). Mais qui dit univers plus agressif dit aussi héros plus matures. Harry, Ron et Hermione sont maintenant des adolescents qui n'hésitent pas à mettre au placard l'uniforme scolaire pour porter des jeans délavés, des vieilles baskets et des t-shirts chiffonnés. Les acteurs sont bien plus à l'aise dans leurs rôles et un fossé s'est littéralement creusé entre l'interprétation columbusienne et celle cùaronnoise. Même si cela reste assez moyen, cela se rapproche plus du moyen-bon que du moyen à tendance très mauvais des premiers films. On appréciera les nouveaux venus tels que Michael Gambon qui campe un Dumbledore plus déjanté et farfelu, ce qui colle d'avantage à l'oeuvre d'origine, à défaut d'un personnage tout de même moins présent mais qui gagne en malice. David Thewlis, qui interprète Remus Lupin, un nouveau professeur, est un personnage dont le capital sympathie est en croissante augmentation avec sa bienveillance. Emma Thompson, qui a le rôle du professeur Trelawney, rejoint la famille Harry Potter avec un personnage lui aussi déjanté mais qui, par rapport au bouquin, perd son côté mystique et sérieux au profit d'un léger cabotinage. La palme revient à Gary Oldman, qui interprète le fameux Sirius Black. Gagné par la folie suite aux difficiles années passées dans la cruelle prison des sorciers, son personnage se présente comme inquiétant et émotionnellement instable (jusqu'au moment de la révélation finale). On notera également les nouvelles créatures virtuelles comme Buck l'hippogriffe, une créature mi-aigle mi-cheval majestueuse particulièrement convaincante et plus vraie que nature (d'ailleurs, on voit l'animal faire ses besoins, une première pour un animal numérique) et les Détraqueurs, sorte de fantômes noirs qui se nourrissent de la tristesse des gens pour les vider de leur vie (ces derniers ne sont pas sans rappeler les Naz-Gûls du Seigneur des Anneaux).
Mais il y a un gros point noir à tout ça. c'est beau de tout faire en mieux et en noir (Back In Black, disait la promo du moyen Men In Black 2), encore faut-il un scénario qui tienne la route. Car Harry Potter 3, c'est quelques 500 pages condensées en deux heures. Alors va savoir pourquoi Harry Potter 1 et 2 (respectivement 300 et 450 pages) sont condensés en deux heures et demi? Le scénariste Steve Kloves a bien charcuté comme il faut (un peu trop même), mais à la différence que cette fois, on y croit. Des sous-intrigues sont complètement zappées, y compris celles de l'intrigue principale. Pourquoi Sirius et Pettigrow peuvent se transformer en animaux? D'où vient la Carte du Maraudeur et comment Sirius connaît son existence? Quel lien unit Sirius, Peter, James et Remus? Pourquoi Harry fait apparaître un cerf pour contrer les Détraqueurs? Autant de questions qui ne trouvent leurs réponses que dans le livre, ce qui fait que Harry Potter 3, film visuellement inventif à la réalisation nerveuse, pêche par un scénario qui dérangera à la fois ceux qui n'ont pas lu le livre et les fans (qui ont crié au sacrilège devant un tel changement dans l'univers). Mais on ne va pas bouder son plaisir. La nouvelle ambiance, les nouveaux décors et les nouveaux personnages, sans oublier des scènes d'action plus violentes (le quidditch sous une pluie meurtrière) font de Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban un des meilleurs films pour (grands) enfants et sûrement l'épisode le plus abouti et le plus profond de la saga à ce jour.
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| Harry Potter 3 |
| © 2008 |