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    FINAL CUT

    (avis sur le film)

    • Réalisé par Omar Naïm
    • Avec Robin Williams, Jim Caviezel, Mira Sorvino
    • Musique de Brian Tyler
    • Sortie française : 23 février 2005

    Si votre acteur préféré étant petit était Robin Williams, il serait presque un sacrilège de ne pas avoir remarqué, quelques années plus tard, que le bonhomme tentait petit à petit à la fin des années 90 de s'affranchir de son rôle de gentil. Après des divertissements tout public allant du très bon (Jumanji) au très bof (Flubber) en passant par la guimauve souvent extrême (Mrs.Doubtfire, L'Homme Bicentenaire), Robin Williams a su étendre son registre et interprété des personnages qui feraient passer le sympathique Alan Parrish de Jumanji en un psychopathe particulièrement vicelard. Ce qui est le cas dans Insomnia où Williams et Al Pacino (rien que ça) passent devant la caméra de Christopher Nolan (Batman Begins), un très bon thriller où notre chien battu préféré incarne un monsieur vraiment malsain, dont on ignore tout, ce qui ne fait que renforcer ce sentiment d'angoisse. Et pourtant dur à croire qu'une bouille adorable comme Robin Williams (je n'ai pas dit qu'il était beau mais il a vraiment un regard de merlan frit) puisse porter sur ses épaules le rôle d'un méchant. D'autres films ont eu le privilège de ses performances comme Photo Obsession, que je n'ai malheureusement pas eu le plaisir de visionner.

    Si dans Final Cut, Mr Williams ne joue pas le rôle d'un méchant, il arrive cependant à faire ressentir, à nous pauvres spectateurs endormis dans nos fauteuils, la détresse absolue, le gouffre sans fond où son personnage a plongé.

    Dans un futur proche indéterminé, les gens installent dans le cerveau de leurs enfants l'implant Zoé, une puce électronique qui enregistre toute la vie de la personne. A sa mort, cette puce est retirée et est visionnée par un monteur, quelqu'un dont la tâce consiste à choisir les meilleurs moments de la vie pour qu'ils soient assemblés en un film-mémoire diffusé pendant les obsèques. Alan Hakman, qu'un souvenir d'enfance hante, se noie dans son travail de monteur et s'interroge quand, dans une puce, il découvre un élément ramenant à la surface un souvenir d'enfance particulièrement dérangeant.

    C'est avec un scénario aussi fin que compliqué que Final Cut a remporté le prix du meilleur scénario 2004 au festival de Deauville. Un prix largement mérité car l'idée est très bonne, originale et offre une réflexion sur les gens qui veulent à tout prix poser les souvenirs sur support matériel plutôt que les garder dans leur esprit. La crainte d'être oublié à sa mort est universelle, et on ne peut qu'en retarder l'échéance. Avec l'essor des appareils photos et des caméscopes, dur de ne pas être tenté d'immortaliser un instant. Mais cet instant restera-t-il à jamais gravé sur une pellicule? Après tout, c'est le genre de choses qui craignent l'eau, le feu et paradoxalement le temps. Les souvenirs sont-ils fait pour être oubliés? Tous les moyens mis en jeu pour ne pas oublier ne deviennent-ils pas vain au cours du temps? Même une pierre tombale bouge de place, alors à quoi bon? Surtout que les souvenirs ne méritent pas toujours d'être retenus...

    A noter le plan final où la personne se regarde dans le miroir et s'en va ; on se retrouve alors devant un miroir vide, comme pour dire que les souvenirs peuvent rester mais ne remplaceront jamais la personne.

    Cependant, vous pouvez poser le briquet qui allait mettre le feu à toutes vos photos aspergées d'essence, et aller voir Final Cut. Car si la réflexion est bien là, le film ne fait qu'effleurer le potentiel énorme d'une idée exceptionnellement riche.

    Final Cut dure 1h20, ce qui est assez court pour un film aussi intéressant. Car il n'y a vraiment que ça qui fait défaut au long-métrage : sa courte durée. La photographie, la réalisation, la musique, l'interprétation, si je devais donner un prix à la sobreté, c'est à ce film que je le décernerais.

    L'atmosphère futuriste n'a rien de futuriste, il suffit de voir les voitures (deux-chevaux, cadillac), et c'est avec de nombreuses interrogations qu'on tente de définir une année à ce monde où se déroulent les évènements.

    Omar Naïm, le réalisateur qui signe ici son premier film, a fait fort en démontrant qu'on peut illustrer l'avenir d'une autre façon qu'avec des voitures volantes. Même l'instrument qui permet de lire l'implant Zoé sent le vieil ordinateur dépassé ; nommé la Guillotine, l'appareil porte bien son nom car il vole en quelque sorte les souvenirs de la tête du défunt.

    Outre l'ambiance, il y a également le personnage de Robin Williams, Alan Hakman, un homme tourmenté qui a abandonné sa vie pour visionner et illustrer celle des autres. S'interdit-il d'avoir droit au bonheur après son acte présenté dans l'introduction? Ou son travail le passionne-t-il plus que sa propre existence? On serait là devant une parabole présentant les gens obsédés par leurs écrans de télé ou d'ordinateur... Distant et solitaire, Alan Hakman est quelqu'un de triste, sa relation avec Delila ressemble plus à une rencontre sur le net qu'à quelqu'un rencontré dans une librairie. Mais Alan ne vit plus. Absorbé par les souvenirs des autres, comme le montre le split-screen qui se démultiplie sans cesse lors de son activité, ce dernier n'en a plus de lui-même. Assistant au bonheur comme au malheur des gens, ayant connaissance de leurs atrocités (violence conjugale, pédophilie...), Alan s'exclut volontairement de la vie sociale. Pourtant ses collègues n'en font pas autant, ce qui, comme il le dit lui-même à un de ses concurrents, le différencie et laisse à penser qu'il est le meilleur en s'exilant et en se considérant comme un mangeur de péché. Une collègue dira d'ailleurs : "La différence entre nous et Alan, c'est que regarder des atrocités ne le dérange pas".

    Mais l'implant Zoé est considéré comme un sacrilège ("Vos souvenirs sont à vous!" clament les manifestants). Comme cela le laissait présager dans le synopsis, l'éthique n'est pas respecté avec cette puce qui visionne la vie des gens dans ses moindres détails. D'ailleurs, une des collègues de Alan a une anecdote à ce sujet : une jeune fille de 21 ans, au passé peu glorieux, apprend qu'elle a un implant ; depuis cette découverte, elle devient plus sage mais se suicide. Voici le principal problème que pose cette technologie : cela influe sur le comportement des gens. On peut y voir le bon comme le mauvais, mais cela illustre aussi l'impuissance de la société face aux vices, de même que sa capacité à inculper des gens innocents et de laisser courir les coupables.

    Vous l'aurez, je l'espère, bien compris. Final Cut dispose d'un énorme bestiaire scénaristique mais c'est avec une pointe de regret que l'on se rend compte que l'idée n'a pas été explorée de fond en comble dans un long-métrage, qui, sans pour autant être maîtrisé, s'achève quand tout commence. Il n'en reste pas moins un bilan plus que positif et je recommande vivement aux gens de voir ce film.

    BANDE-ANNONCE

    • NOTE DU FILM : 4/5
    • NOTE DE LA MUSIQUE : 4/5
    Final Cut
    © 2008