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    COLLATERAL

     

    • Réalisé par Michael Mann
    • Avec Tom Cruise, Jamie Foxx
    • Musique de James Newton Howard
    • Sortie française : 29 septembre 2004

    Connaissez-vous Michael Mann?

    Sachant qu'un peu plus de 66% des personnes vont répondre non dans leur tête, il est nécessaire de présenter brièvement ce réalisateur. Je ne vais pas me vanter de tout connaître sur lui (et de toute façon, je ne sais pas grand chose) mais si des films du genre Heat ou Ali vous disent quelque chose, vous avez été au moins une fois spectateur d'une des réalisations du type dont nous parlons.

    Heat est considéré comme un des meilleurs polars (et peut-être aussi le meilleur film de Michael Mann) à ce jour sous prétexte de la confrontation tant attendue entre deux monstres sacrés du cinéma que sont Al Pacino et Robert De Niro.

    Ali est la biographie du célèbre boxeur Mohammed Ali, interprété par un Will Smith méconnaissable.

    Michael Mann fut aussi le premier à adapter un des romans de Thomas Harris au cinéma avec Le Sixième Sens (à ne pas confondre avec Sixième Sens de Shyalaman), Thomas Harris étant l'auteur des livres mettant en scène le fameux Hannibal Lecter (Le Silence des Agneaux...).

     

    Après cette longue introduction pour dire que j'en connais un rayon sur les acteurs et réalisateurs (heureusement que j'ai pas touché aux compositeurs, sinon je serai forcé de changer le titre de ce billet pour l'intituler "blabla du mec qui veut dire qu'il sait plein de choses"), je vais enfin vous parler de Collateral.

     

    Il était une fois dans la belle, grande et polluée ville de Los Angeles un petit chauffeur de taxi nommé Max. Il est tard, il fait nuit, la belle cité s'illumine et notre cher ami prend dans son carosse jaune et rouge un drôle de type un peu grisâtre, cheveux gris, costume gris, âme grise sans doute...Sans se douter que ce passager est un tueur.

     

    Sous ce synopsis de série B se déroule en fait un spectacle assez loin d'une série B. Alors que la série B se contenterait de nous opposer le gentil avec le méchant (on imagine déjà le gentil sous les traits de Jean-Claude Van Damne qui ne sait pas, mais alors pas du tout, donner des coups de pied retournés...), Michael Mann essaye de donner un côté beaucoup plus humain à cette histoire qui se révèle assez banale dans le monde d'aujourd'hui. Le tour de maître réside dans deux atouts majeurs.

     

    On a déjà vu Tom Cruise en barman. On l'a déjà vu trois fois en agent secret (Mission Impossible). On l'a vu détective dans le futur (Minority Report). On l'a déjà vu vampire (Entretien avec un vampire). On l'a déjà vu aussi en père de famille bedonnant nanti en version française de la voix de Tom Hanks (La Guerre Des Mondes). A quand le tour du tueur en série? Premier point : Tom Cruise est méchant. Enfin... Méchant n'est pas le mot. Disons qu'il ne pense qu'à son travail. Et qu'il aime le travail bien fait.

    Le but était de faire de Tom Cruise quelqu'un que l'on ne reconnaîtrait pas tout de suite. D'ailleurs, l'acteur s'est amusé à se faire passer pour un livreur de la Fed.Ex (livraisons en tout genre) afin de vérifier s'il pouvait passer inaperçu quand il le désirait. Pari gagné, personne n'a reconnu le monsieur en plein café. Ce dernier s'est même permis de taper la discut' avec un type qui n'a pas fait le rapprochement.

    Après tout ça, Tom Cruise subit une légère métamorphose. Mais n'est pas Gary Oldman qui veut. Mr Cruise aura juste les cheveux gris. Un petit peu de farine sur le crâne et voilà notre Tom avec dix ans de plus. On le met dans un complet gris, et on obtient le monsieur passe-partout, genre business-man avec attaché-case et portable perpétuellement en main histoire de rudoyer sa secrétaire qui a perdu des dossiers importants. D'une simplicité mais d'un efficacité déconcertante, ce style si peu habituel pour le célèbre acteur prouve quand même qu’il est un travailleur soucieux d'explorer tous les domaines, et dieu sait qu'il ne faut jamais se cantonner à un seul et même style de film.

    L'autre côté de la distribution, c'est Jamie Foxx. Acteur reconnu depuis son interprétation magistrale de Ray (le film relatant la vie de Ray Charles) notre petit comédien à mi-chemin entre Denzel Washington et Dennis Haysbert (le président Palmer dans la célèbre série 24h chrono) joue ici le rôle d'un chauffeur de taxi pour qui la meilleure ambition est celle où il n'y a aucun risque à courir. Le type prouve également qu'il est un grand acteur désireux également d'explorer la plupart des registres. Son rôle de militaire bourru dans Jarhead ou celui du célèbre jazz-man aveugle Ray Charles suffiront à nous convaincre. Dans Collateral, Jamie Foxx est la victime qui va petit à petit se rebeller. Fuyant les responsabilités et laissant croire ce qu'on veut, son personnage représente une Amérique auto-satisfaite, où les gens voudraient bien avoir plus mais en ne jouant pas grand chose.

    C'est en majeure partie le lien qui va se créer entre Max (Jamie Foxx) et Vincent (Tom Cruise) au sein du taxi qui représente le fil conducteur du film de Michael Mann. Les deux personnages ont des caractères diamétralement opposés. Leurs discussions prouvent qu'ils sont complémentaires, chacun ayant quelque chose à apprendre à l'autre. Le bien et le mal, l'indépendance et la soumission, on se rendra compte que les seuls points communs entre les deux hommes se révèlent être le goût du travail bien fait et une solitude déjà trop présente dans leur enfance (Max parlait à son reflet d'après sa mère, Vincent vivait seul avec son père alcoolique qui le battait).

    Au fur et à mesure, les deux hommes apprennent à se connaître. Il se tisse un lien. Mais un lien étrange situé entre l'amitié et la haine, renforcé par un respect indubitablement grandissant. La prise de bec après la scène de la boîte de nuit montre que Max et Vincent se sont déçus mutuellement. Les reproches qu'ils se font tiennent plus d'une relation père/fils dont ils échangent quotidiennement les rôles que celle du kidnappeur/kidnappé. On le note notamment quand Vincent ordonne à Max d'aller lui chercher les informations perdues à la source, sorte de sermon paternel du genre "T'as fait une connerie, tu vas te démerder pour la réparer".

    Les deux hommes s'admirent et se jalousent mutuellement et inconsciemment. La relation père/fils tend ainsi à celle fraternelle, chacun dévoilant les défauts de l'autre pour se justifier, preuve que les deux types veulent garder leurs images respectives afin de se la faire envier.

    C'était étrangement un rapport similaire qu'entretenaient Al Pacino et Robert De Niro dans Heat pendant le tant attendu tête-à-tête de dix minutes.

     

    Michael Mann a su, en plus d'aborder le côté très humain des deux protagonistes principaux, mettre en valeur le monde dans lequel ils évoluaient à bord de leur super taxi cabossé. Rarement la ville de Los Angeles n’aura été aussi bien filmée. Les multiples plans aériens dévoilant la circulation nocturne de la Cité des Anges rappellent quelque chose de poétique et d'harmonieux. Les lumières orangées et verdâtres rendent le paysage d'une beauté réaliste absolue. Du grand art. Le réalisateur, afin d'obtenir cet effet, a utilisé une caméra HD (Haute Définition). Techniquement, je ne connais pas le principe, mais ça a le mérite de retranscrire sur pellicule un regard très humain sur le monde (sensation de flou, lumière baveuse).

    Visuellement, cette caméra permet aussi de donner une autre dimension des couleurs. Ainsi, tous les personnages sont baignés dans un éclairage verdâtre, les teints sont fades et froids, les gens se fondent dans la nuit. La ville est quant à elle baignée dans les lumières multicolores les plus belles, les plus vives et les plus chaudes qui soient, ce qui prouve encore le souci de Michael Mann à vouloir faire passer en premier son paysage avant ses acteurs. Assez osé quand il s'agit du très célèbre Tom Cruise. Mais finalement, ce n'est pas plus mal. Le personnage de Tom Cruise apparaît alors comme un simple être humain, pas plus fort d'un autre, et non comme un super méchant. Remarque valable aussi pour Jamie Foxx en super gentil. La petite réflexion philosophique sur le cosmos et la ridicule existence d'un être humain en comparaison avec celle de l'Univers colle merveilleusement à ce désir de vouloir relativiser toute chose improbable (les meurtres de Vincent entre autres).

    En plus de filmer une ville de façon peu habituelle, Michael Mann relativise aussi sa caméra. A savoir qu'il tourne à hauteur d'homme. La caméra à l'épaule est largement sollicitée pour bien faire rentrer le spectateur dans le film. De même pour les scènes d'action. Le réalisateur n'a pourtant pas fait un film d'action. Les assassinats sont  très brièvement montrés. La première fois où Vincent utilise son arme devant Max est clairement significative : les coups de feu résonnent dans la tête du spectateur comme si la balle était partie de son oreille.

    Collateral s’affiche comme un excellent polar privilégiant l'ambiance et les relations humaines à l'action. On sent d’ailleurs bien que la scène finale (action qui se veut pure et dure) n'a pas procuré autant de plaisir au réalisateur de la tourner que le reste du film, un peu comme s'il fallait à tout prix remplir le cahier des charges en montrant un Vincent tout éraflé et indestructible, ce qui jure assez horriblement avec le reste du film.

    Personnellement, j'aurais bien vu Collateral se finir avec le formidable tonneau, la destruction sacralisée du taxi, mais le film n'aurait fait dans ce cas que 1h20 ou 1h30, ce qui fait beaucoup trop court pour un film dans ce genre. On notera le "t'as pas mis ta ceinture" de la part de Max assez amusant, apogée d'une relation fraternelle plus ou moins bancale (comme toute relation fraternelle, en connaissance de cause...). Dommage que le Hollywood moyen ait rattrapé Michael Mann (survivre à un accident pareil grâce à la ceinture, ça fait très sécurité routière).

    Mais en conclusion, le film de Michael Mann est à voir. Malgré son aspect simpliste de série B sans scénario apparent, Collateral reste une œuvre intéressante à savoir regarder.

     

    BANDE-ANNONCE

     

    NOTE DU FILM : 3.5/5

     

    Collateral
    © 2008